Contrôle de l’attention et nature des stimuli

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Comme le suggèrent Mondor et Bryden (1991, 1992), en demandant aux participants d’orienter spécifiquement leur attention vers une seule de leurs deux oreilles, les individus ont pu pré-activer leur hémisphère gauche sans en avoir conscience. Le maintien d’un avantage de l’oreille droite pour des stimuli verbaux, observé dans l’oreille gauche et l’oreille droite, pourrait donc être attribué à l’effet de la pré-activation de cet hémisphère. La nature sémantique des indices verbaux pourrait orienter involontairement l’attention des participants vers leur oreille droite. En nous appuyant sur la théorie de la distance fonctionnelle cérébrale de Kinsbourne et Hicks (1978), nous pensons que le traitement combiné d’indices verbaux et de stimuli verbaux peut créer une surcharge intra-hémisphérique. Cette surcharge expliquerait la difficulté qu’ont les individus à identifier efficacement les stimuli perçus dans l’oreille gauche en particulier. En effet, de telles difficultés n’ont pas été observées avec des indices sonores (Gadea & Espert, 2009; Voyer & Flight, 2001).

Afin de comparer l’effet de ces deux indices d’orientation de l’attention, nous avons à prendre en considération l’influence possible de ces indices verbaux sur le traitement de l’information et la minimiser au maximum. Nous avons donc choisi d’utiliser des stimuli dont le traitement est, en principe, préférentiellement assuré par l’hémisphère droit afin de créer des situations de coopération inter-hémisphérique dans les conditions d’orientation avec indices verbaux (Kinsbourne & Hicks, 1978). Ces stimuli sont des phrases composées de pseudo-mots et sont énoncées selon trois intonations émotionnelles différentes (joie, colère, neutre). L’emploi antérieur de ces stimuli a attesté de leur traitement hémisphérique droit (Donnot & Vauclair, 2007). De plus, la littérature montre que des stimuli dichotiques non verbaux tels que des sons non verbaux (Mahoney & Sainsbury, 1987), des mots ou des phrases prononcés avec différentes intonations émotionnelles sont mieux identifiés dans l’oreille gauche que dans l’oreille droite (Bryden & McRae, 1989; Donnot, 2007; Donnot & Vauclair, 2007; Ley & Bryden, 1982; Obrzut, Bryden, Lange, & Bulamn-Fleming, 2001; Rodway & Schepman, 2007; Techentin, Voyer, & Klein, 2009; Saxby & Bryden, 1984). Nous ne pouvons pas statuer sur le fait que les stimuli émotionnels sont uniquement traités par l’hémisphère droit, mais nous considérons que le traitement effectué par cet hémisphère est fortement déterminant pour détecter des intonations émotionnelles.

Par conséquent, cette première étude a pour objectif d’évaluer le rôle de la spécialisation hémisphérique dans les performances d’orientation de l’attention de participants adultes. Toutefois, nous avons également cherché à évaluer le rôle des délais de latence dans la mise en place d’une orientation efficace de l’attention, tant avec des indices sonores qu’avec des indices verbaux. Pour ce faire, nous avons proposé aux participants une situation d’écoute dichotique d’identification de stimuli émotionnels. L’attention des participants a été au préalable orientée sur une seule de leurs deux oreilles au moyen d’indices sonores ou verbaux et deux délais de latence différents ont été introduits entre les indices et les stimuli. En référence aux études du domaine visuel (Leclerq & Siéroff, 2012; Müller & Rabbit, 1989; Pearson & Lane, 1990; Wainwright & Bryson, 2002, 2005), nous nous attendons à une action combinée des délais de latence et des indices. En effet, nous émettons l’hypothèse qu’un délai court favoriserait l’orientation de l’attention exogène et donc l’orientation de l’attention avec des indices sonores, alors que nous pensons qu’un délai long pourrait favoriser l’orientation de l’attention avec les deux types d’indices. À ce stade, aucune donnée de la littérature ne peut nous permettre de savoir si un délai de 650 ms favoriserait l’orientation de l’attention avec un indice plutôt qu’un autre. Cependant, nous supposons que des délais plus longs favoriseraient davantage une orientation efficace de l’attention lors de l’emploi d’indices verbaux en raison de l’activation des processus endogènes qu’ils sous-tendent, contrairement à des indices sonores.