Discussion

Psychologue enfance › Thèse › Rôle de la spécialisation hémisphérique : étude préliminaire auprès d’une population adulte › Discussion › Absence d’effet de la nature des indices d’orientation, présence d’effet des ISIs

Absence d’effet de la nature des indices d’orientation, présence d’effet des ISIs

Un des objectifs de cette étude était d’évaluer le rôle joué par les délais de latence lors de l’orientation de l’attention exogène ou endogène de l’attention, au moyen d’indices sonores et verbaux d’orientation de l’attention. Suivant les procédures utilisées dans le domaine visuel (e.g., Müller & Rabitt, 1989), nous nous attendions à ce qu’un ISI court favorise une orientation exogène de l’attention et donc améliore les performances d’orientation et d’identification des stimuli avec des indices sonores. Nous ne pouvions pas faire de telles hypothèses concernant l’ISI plus long, car nous pensions qu’un tel délai de latence solliciterait une attention endogène, quel que soit l’indice d’orientation utilisé. Nous supposions toutefois que l’utilisation d’indices verbaux, sollicitant directement une attention endogène, avantagerait davantage les performances d’orientation avec le délai le plus long.

Contrairement à nos prédictions, nous n’avons pas observé d’interaction entre ISIs et indices d’orientation. L’introduction de délais de latence courts, ainsi que l’introduction de délais de latence plus longs, n’a pas eu d’effet sur les performances d’identification des participants, que ce soit avec des indices sonores ou verbaux. En effet, la nature des indices d’orientation n’a pas eu d’effet sur les performances des participants : les performances d’identification des stimuli dans chaque oreille ont été identiques dans les deux conditions d’orientation. Nous avons donc constaté que les adultes parvenaient à orienter efficacement leur attention, quelle que soit la nature des indices d’orientation utilisée (Andersson et al., 2008; Hiscock & Beckie, 1993; Techentin & Voyer, 2005). Ces conclusions indiquent à première vue les capacités élevées des adultes à orienter et contrôler efficacement leur attention. La maturité cérébrale du cortex pré-frontal des adultes et l’expertise du contrôle attentionnel qu’il sous-tend expliqueraient ces compétences (Li, Gratton, Fabiani, & Knight, 2010; Luna, Graver, Urban, Lazar, & Sweeney, 2004; Thomsen, Specht, Hammar, Nyttingnes, Ersland, & Hugdahl, 2004; Waszak, Li, & Hommel, 2010). Contrairement à des enfants, les adultes seraient ainsi en mesure d’engager et de désengager aisément leur attention d’une source d’information pour s’adapter à la situation et optimiser le traitement de la tâche en cours (Obrzut et al., 1999).

Nos résultats mettent toutefois en évidence le rôle particulier des délais de latence, comme l’atteste l’interaction significative entre les ISIs et l’oreille indicée. Le plus court des délais a favorisé davantage les performances d’identification des stimuli dans l’oreille gauche, alors que les performances d’identification ont été similaires entre les deux oreilles avec le délai le plus long. En référence au modèle du relais calleux (Westerhausen et al., 2006), les stimuli présentés dans l’oreille gauche étaient plus faciles à identifier que les stimuli présentés dans l’oreille droite, en raison de la spécialisation hémisphérique droite pour traiter les émotions. Or, le délai le plus court de 100 ms, activant une attention « automatique », ne pouvait que permettre un traitement rapide des émotions via des processus bottom-up (Jäncke, 2002; Kimura, 1967). Le plus long délai de 650 ms a vraisemblablement permis, au contraire, un traitement plus contrôlé des stimuli et donc une meilleure identification des stimuli émotionnels dans les deux oreilles : les processus top-down activés lors de ces longs délais ont permis de contrecarrer l’effet des processus structuraux bottom-up (Hugdahl et al., 2009). Tel que le suggéraient Mondor et Bryden (1991, 1992), le temps alloué à l’orientation de l’attention semble être un élément déterminant dans les performances d’orientation de l’attention des individus. Que ce soit avec des indices sonores ou avec des indices verbaux, le recrutement de processus top-down, induit par la présence de délais de latence assez longs, favorise les performances d’orientation de l’attention des adultes: les capacités de contrôle attentionnel des adultes s’optimisent avec l’augmentation du temps alloué à l’orientation de l’attention.

De plus, nous avons également constaté que les délais de 650 ms amoindrissaient les performances d’identification des stimuli dans l’oreille gauche, comparativement aux situations introduisant des délais de 100 ms, (t(34) = 2.54, p = .02). La comparaison des performances d’identification obtenues avec des ISIs de 100 ms et 650 ms dans l’oreille gauche ont montré que les émotions étaient mieux traitées par l’hémisphère droit lorsqu’une attention automatique exogène était sollicitée. Bien que ce résultat mette en relief le lien existant entre l’hémisphère cérébral droit et l’attention exogène, déjà rapporté dans des études antérieures (Bartolomeo & Chokron, 2002; Corbetta & Shulman, 2002), des recherches futures devraient compléter nos conclusions et approfondir l’évaluation de la contribution des ISIs lors de l’identification de stimuli auditifs émotionnels et verbaux.