Données développementales

Psychologue La Sauve  › Thèse › Écoute dichotique et contrôle cognitif › Manipulation des processus bottom-up › Données développementales

Les études menées auprès de populations d’enfants ne se sont réellement développées qu’à partir des années 1980 (Obrzut, Hynd, Obrzut, & Pirozzolo, 1981 ; Andersson, llera, Rimol, & Hugdahl, 2008), avec le regain d’intérêt porté aux facteurs attentionnels et grâce au paradigme d’« attention forcée » (Hugdahl & Andersson, 1986). Il va sans dire que ces études développementales et comparatives enfants-adultes apportent des données fondamentales dans la compréhension du fonctionnement des mécanismes cognitifs et dans celle de leur développement. De fait, les recherches entreprises auprès d’enfants sains ont montré que les modalités de présentation des stimuli ou les modalités d’orientation de l’attention (Hugdahl et al., 1999 ; Andersson et al., 2008) affectaient, comme chez les adultes, l’asymétrie des réponses observées. Dès l’âge de 6 ans, l’orientation préalable de l’attention, à l’aide des indices sonores ou verbaux, permet effectivement aux enfants d’améliorer leurs performances d’identification des stimuli dans leurs deux oreilles (Donnot et al., sous presse). De même, les enfants identifient plus aisément une syllabe non voisée qu’une syllabe voisée au sein d’une même paire dichotique, quelle que soit l’oreille dans laquelle elle est présentée (Arcuili, Rankine, & Monaghan, 2010).

Cependant, parallèlement à ces similitudes, une différence majeure est rapportée entre enfants et adultes (Andersson et al., 2008), à savoir que, quantitativement, les performances d’identification des enfants sont moins bonnes que celles des adultes. Plus spécifiquement, non seulement les enfants identifient significativement moins bien les stimuli entendus dans leurs deux oreilles, mais surtout ils ne parviennent que dans une moindre mesure à moduler l’effet des processus structurels bottom-up dans des situations impliquant un fort conflit cognitif. Seuls les enfants âgés de plus de 9 ans semblent être capables d’orienter efficacement leur attention, tant de manière exogène qu’endogène, vers l’oreille indicée pour identifier le stimulus perçu.

Plusieurs études ont effectivement montré que lors de l’identification de stimuli verbaux, seuls des enfants de plus de 9 ans parvenaient à orienter leur attention vers leur oreille gauche au moyen d’indices verbaux pour identifier correctement les stimuli (Andersson et al., 2008). En deçà de cet âge, les enfants ne pourraient orienter efficacement leur attention vers l’oreille indicée que grâce à des indices d’orientation exogène. En effet, en comparaison avec l’asymétrie des réponses observée en condition d’attention non forcée, seuls des indices exogènes permettent à des enfants de moins de 9 ans d’améliorer leurs performances d’identification (Obrzut et al., 1999). Par conséquent, seuls des enfants âgés de plus de 9 ans semblent être capables d’orienter et de contrôler leur attention aussi efficacement que des adultes. L’étude complémentaire d’Obrzut et ses collègues (Obrzut et al., 1999) a par ailleurs mis en évidence le fait que l’allongement du temps de latence introduit entre l’apparition des indices exogènes d’orientation et l’apparition des stimuli n’influençait pas les capacités de contrôle attentionnel d’enfants âgés de moins de 9 ans. Les jeunes enfants ne sont pas parvenus à maintenir efficacement leur attention sur leur oreille gauche tant avec des délais de latence courts (des SOAs de 150 ms à 450 ms) qu’avec des délais de latence longs (des SOAs de 750 ms à 2000 ms). De la même manière, en intensifiant la force du conflit cognitif avec la double manipulation de la demande attentionnelle et des caractéristiques phonologiques des stimuli, l’étude d’Arcuili et al. (2010) a montré que des enfants de 9,5 ans ne parvenaient pas à mettre en œuvre un contrôle cognitif efficace : face à une paire dichotique syllabe voisée/non voisée, alors que les enfants parvenaient volontairement à identifier des syllabes non voisées perçues dans leur oreille gauche, leurs performances se sont significativement effondrées dès lors qu’une syllabe voisée a été proposée dans cette oreille.

Au vu de ces études, il semblerait que les enfants n’arrivent pas à déployer suffisamment de compétences cognitives pour atténuer la prégnance des processus bottom-up (Andersson et al., 2008). Aussi, ces faibles performances de jeunes enfants âgés de moins de 9/10 ans s’expliqueraient par un déficit des capacités de contrôle cognitif. En reliant ces observations expérimentales aux données neuroanatomiques, le recrutement des processus top-down, activés par des aires du cortex pré-frontal (Falkenberg et al., 2011), semble être au cœur des difficultés rencontrées par les enfants en situation de conflit cognitif.