Données issues de la situation d’écoute dichotique

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La situation d’écoute dichotique a été largement employée pour évaluer la latéralisation hémisphérique du langage d’individus atteints de dyslexie. Cependant, toutes les études ne convergent pas vers un consensus. Certains chercheurs ont rapporté une asymétrie des réponses favorisant l’oreille droite alors que d’autres pas. Les études rapportent soit une dégradation générale des performances avec un avantage relatif de l’oreille droite (Koltuska & Grabowska, 1992), un avantage de l’oreille gauche (Kershner, Henninger, & Cooke, 1984) ou aucune asymétrie (Brunswick & Rippon, 1994). D’autres études ont montré que des enfants dyslexiques manifestaient un plus grand avantage de l’oreille droite, car leurs performances dans l’oreille gauche étaient considérablement altérées, et ce d’autant plus que la charge de traitement en mémoire de travail des stimuli augmentait (Lamn & Epstein, 1994 ; Moncrieff & Musiek, 2002).

Selon Obrzut et ses collègues (Obrzut et al., 1981), l’efficacité de la spécialisation hémisphérique et celle de la complémentarité hémisphérique, deux facteurs déterminants dans les effets de latéralisation des réponses observées, seraient moindres chez les enfants dyslexiques. Dans leur étude, ces chercheurs ont proposé à des enfants sains et dyslexiques de 7 à 13 ans d’identifier des syllabes CV au moyen du paradigme d’attention forcée. En situation non forcée, les deux groupes de participants ont montré un net avantage de l’oreille

droite dans l’identification des stimuli, quel que soit leur âge. En condition FL, alors que les enfants sains présentaient toujours un avantage de l’oreille droite, un avantage de l’oreille gauche a été repéré chez les enfants dyslexiques. Enfin, pour les deux groupes de participants, la condition FR a provoqué un avantage de l’oreille droite, qui, malgré tout, était plus fort chez les enfants dyslexiques que chez les enfants sains. Ainsi, quelle que soit l’oreille indicée, les enfants sains ont été plus sensibles aux stimuli verbaux perçus dans l’oreille droite qu’à ceux perçus dans l’oreille gauche. Quant aux enfants dyslexiques, ils ont identifié, à chaque fois, les stimuli verbaux en fonction de l’oreille indicée. Les performances des enfants dyslexiques montrent que ces derniers sont plus sensibles aux biais attentionnels qu’au primat du traitement des stimuli verbaux par l’hémisphère gauche. Ce résultat pourrait s’expliquer par une faible interaction entre les deux hémisphères cérébraux pendant le traitement de la tâche et donc à un phénomène d’interférence de l’hémisphère cérébral non dominant. Un déficit de transmission au niveau du relais calleux est proposé par Obrzut et Mahoney (2011). De plus, il a été montré à plusieurs reprises que les enfants souffrant de dyslexie avaient beaucoup plus de difficulté à identifier des stimuli verbaux parvenant dans leur oreille gauche que des enfants sains (Obrzut et al., 1999; Obrzut & Mahoney, 2011). En manipulant les délais de latence entre l’apparition d’indices sonores et l’apparition de stimuli verbaux, Obrzut et ses collègues (1999) ont même montré que des enfants dyslexiques ne parvenaient pas à maintenir pendant plus de quelques secondes leur attention sur leur oreille gauche.

Ces recherches montrent un déficit d’inhibition et de flexibilité chez les enfants et adultes souffrant de dyslexie. Ces individus ont de la difficulté à inhiber l’information parvenant à leur oreille droite pour prendre en considération l’information de l’oreille gauche.