Effet des indices verbaux

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En utilisant des stimuli émotionnels, nos résultats ont confirmé le fait qu’avant l’âge de 9 ans, les enfants sont en mesure d’orienter efficacement leur attention grâce à l’apparition d’indices sonores. Toutefois, nous avons constaté que ces mêmes enfants se servent également des indices verbaux pour orienter leur attention de manière efficace. Ainsi, les enfants seraient en mesure d’orienter efficacement leur attention grâce à des indices verbaux pour identifier des stimuli émotionnels, mais ils montreraient une certaine difficulté d’orientation de l’attention dans ces mêmes conditions lors de l’identification de stimuli verbaux. En effet, jusqu’à présent, seule l’étude d’Obrzut et al. (2006) a rapporté un effet bénéfique des indices verbaux sur les performances d’identification d’enfants âgés de 7-10 ans.

À première vue, nos résultats semblent confirmer l’hypothèse de la distance fonctionnelle cérébrale de Kinsbourne et Hicks (1978). Un effet grandissant d’interférence entre deux tâches simultanées s’opère dans la mesure où le traitement de deux tâches se fait dans des centres cérébraux proches, alors que le traitement de deux tâches relevant de centres cérébraux éloignés crée un effet facilitateur (comme dans notre étude avec le traitement des indices verbaux et des stimuli émotionnels). Au cours du vieillissement, certaines études font même état de résultats similaires. Dans le champ de la perception visuelle, il a ainsi été montré qu’une coopération inter-hémisphérique favorisait plus largement le traitement d’une tâche coûteuse cognitivement qu’une association intra-hémisphérique. Les modifications de latéralisation cérébrale ayant lieu au cours du vieillissement normal sont ainsi largement issues des compétences de flexibilité cognitive et des relations inter-hémipshériques. Le dysfonctionnement calleux, noté dans la maladie d’Alzheimer, ne permettrait pas par exemple l’accroissement du couplage inter-hémisphérique requis pour réduire les signes cliniques du vieillissement cognitif normal (Ansado, Faure, & Joanette, 2009 ; Ansado et al., 2013).

Dans notre étude, l’indiçage de l’oreille gauche avec des indices verbaux engage un certain traitement effectué par l’hémisphère gauche; cependant, l’implication de cet hémisphère est réduite à minima grâce à la présence de stimuli émotionnels dont le traitement est pris en charge par l’hémisphère droit. Le traitement des indices verbaux par l’hémisphère gauche est facilité ainsi que le traitement des stimuli émotionnels par l’hémisphère droit : ceci expliquerait les performances d’identification supérieures obtenues dans l’oreille gauche et non dans l’oreille droite. Pour ce qui est de la condition d’orientation de l’attention vers l’oreille droite, deux suggestions peuvent être avancées : (1) l’hémisphère gauche se charge de traiter les indices verbaux puis les stimuli émotionnels (ce qui réfère au modèle d’« accès direct »). Cependant, conformément à la littérature existante, nous n’aurions pas observé de bonnes performances d’identification chez les enfants de moins de 9 ans dans ce cas, à moins que nous ne considérions que le traitement de stimuli émotionnels implique des ressources cognitives plus faibles que pour le traitement de stimuli langagiers, comme le suggèrent Obrzut et al. (1986). Une autre solution serait que (2), d’après le modèle du relais calleux, l’hémisphère gauche transmette à l’hémisphère droit le traitement à effectuer des stimuli émotionnels, au lieu de l’effectuer lui-même. Cette dernière possibilité pourrait expliquer pourquoi les enfants de moins de 9 ans parviennent à identifier les stimuli émotionnels perçus dans leur oreille droite, mais dans une moindre mesure que ceux perçus dans leur oreille gauche.