Le « lag-effect »

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L’existence d’un effet de retard, le « lag-effect », au sein d’une situation d’écoute dichotique a été décrite pour la première fois par Studdert-Kennedy, Shankweiler, et Shulman (1970). Le « lag-effect » caractérise le fait d’introduire un temps de latence entre l’apparition du stimulus présenté dans une oreille et le stimulus présenté dans l’oreille opposée. Ainsi, à partir de la situation d’écoute dichotique initiale, les auteurs proposèrent d’introduire un SOA de l’ordre de quelques millisecondes entre la présentation des deux stimuli verbaux d’une même paire dichotique; ce qui revient à dire que les stimuli n’étaient donc pas présentés exactement au même moment. D’après les résultats obtenus, les stimuli entendus en dernier étaient alors rapportés le plus souvent, contrairement aux stimuli entendus en premier, et ce pour de nombreuses valeurs de SOAs. Selon les auteurs, dans ces conditions, la perception du second stimulus interromprait le traitement du stimulus perçu initialement, engendrant alors l’unique identification du second stimulus. Pour de courts SOAs (10 à 20 ms) toutefois, ce pattern de réponse n’a pas été observé ; dans un laps de temps si court, l’avantage structural de l’oreille droite a été privilégié. À l’inverse, pour de longs SOAs (plus de 90 ms), les participants parvenaient à identifier correctement les deux stimuli. Dès lors, cette étude princeps a permis de comprendre qu’il existait un délai de traitement critique permettant d’interrompre le traitement en cours au profit d’un second traitement ; au-delà de ce temps, les deux stimuli semblent être traités de manière séquentielle.

Comme nous l’avons vu précédemment, les travaux de Mondor et Bryden (1991) ont également montré que la force de l’avantage de l’oreille droite variait selon la manipulation de temps de latence entre la présentation d’indices d’orientation de l’attention et la présentation des paires dichotiques. Avec l’utilisation d’indices sonores (et non des avertisseurs verbaux comme dans le paradigme d’attention forcée ; Hugdahl & Andersson, 1986) et de syllabes CV comme stimuli, Mondor et Bryden (1991) ont rapporté un déclin progressif de l’avantage de l’oreille droite pour des SOAs allant de 150 ms à 450 ms, ce déclin restant constant pour des SOAs de 750 ms. Non seulement les auteurs ont interprété ces résultats comme attestant de l’efficacité des indices sonores pour traiter l’information perçue, mais ils ont également montré que l’allongement du temps de latence amenuisait l’influence des processus bottom-up sur les performances d’identification. Ainsi, Mondor et Bryden (1991, 1992) ont démontré que la force du conflit cognitif peut non seulement dépendre des contraintes attentionnelles, mais aussi du temps de latence introduit après ces biais. Grâce à l’augmentation des temps de latence, la force des processus top-down semble croître pour permettre une meilleure modulation des processus bottom-up.