Le modèle de Hugdahl (1999)

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En comparaison avec les modèles précédents, Hugdahl et ses collègues (Hugdahl & Andersson, 1986 ; Hugdahl et al., 2009) ont accordé une importance particulière et novatrice aux facteurs attentionnels. En effet, selon ces auteurs, l’introduction d’une demande attentionnelle au sein de la situation d’écoute dichotique génèrerait un conflit cognitif. Tel que l’illustre la Figure 6, un fort conflit cognitif est effectivement induit lorsqu’il est explicitement demandé à un individu (au moyen de consignes verbales) d’identifier volontairement les stimuli verbaux perçus dans son oreille gauche, oreille non spécialisée pour ce traitement, et d’ignorer les stimuli verbaux perçus dans l’autre oreille (Hugdahl et al., 2009). L’individu doit outrepasser sa tendance naturelle, guidée par des processus bottom-up, à identifier les stimuli entendus dans l’oreille droite.

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Figure 6. Exemple de conflit cognitif en situation d’écoute dichotique.

Pour identifier le stimulus cible « BA » à la suite d’une orientation préalable de l’attention vers son oreille gauche, le participant doit ignorer la perception du stimulus «PA» analysé directement par l’hémisphère cérébral gauche via les voies controlatérales (voies représentées en rouge) afin de traiter l’autre stimulus, dont l’analyse est moins évidente, car transmise à l’hémisphère

cérébral gauche via le relais calleux (voies représentées en bleu) (emprunté à Saetrevik, 2008).

Hugdahl et al. (2009) ont alors démontré l’importance que pouvaient prendre les facteurs attentionnels dans le traitement de l’information en approfondissant et en opérationnalisant le modèle en deux étapes d’Hiscock (1999). Pour ce faire, ils ont recouru à un protocole expérimental scindé en trois phases différentes, le paradigme d’« attention forcée ». Au cours de la première phase, dite d’attention non forcée (NF, non-forced), les participants doivent identifier le stimulus le plus saillant de la paire dichotique. Dans les deux phases suivantes, d’attention forcée (i.e., à l’oreille droite et à l’oreille gauche, FR, forced- right ou FL, forced-left), il est explicitement demandé aux participants de ne prêter attention qu’au stimulus survenant dans l’oreille préalablement indiquée, et ce pendant plusieurs essais consécutifs. La comparaison des performances entre situation non forcée et situation forcée (i.e., situation d’orientation préalable de l’attention) permet de rendre compte de résultats plus contrastés quant à la force et à la stabilité de l’asymétrie des réponses. Si, pour Hugdahl et al. (2009), l’avantage de l’oreille droite, observé avec des stimuli verbaux, est lié à un effet d’asymétrie fonctionnelle et donc à l’activation des processus automatiques bottom-up, l’ajout de demandes attentionnelles dans l’oreille droite ou dans l’oreille gauche (i.e., de consignes), crée une modulation de ces processus grâce à l’intervention de processus attentionnels top- down.

Par conséquent, pour Hugdahl et collaborateurs, les deux processus attentionnels bottom-up et top-down s’ajouteraient à l’effet fonctionnel et structural de la conduction du message nerveux auditif pour d’autant plus influencer l’asymétrie des réponses entre les deux oreilles. Face à cette double influence, où les biais attentionnels viennent contraster le traitement initial de l’information, l’individu ne peut que redoubler d’efforts pour parvenir à traiter correctement l’information pertinente parmi l’ensemble des deux informations perçues.

Ce dernier modèle, qui est le plus récent, offre une vision tout à fait novatrice de l’usage de la situation d’écoute dichotique. Les situations dichotiques ne seraient pas uniquement une source d’information de la force d’action de la spécialisation hémisphérique, elles permettraient également d’évaluer les compétences de contrôle cognitif des individus. Le prochain chapitre développe plus exhaustivement ce nouveau champ de recherche en abordant ses tenants et ses aboutissants.