Limites des études 1 et 2

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Il est à noter que le choix de nos intonations émotionnelles repose uniquement sur deux émotions, la joie et la colère. En comparaison des tâches verbales d’écoute dichotique (e.g., Hugdahl & Andersson, 1986; Techentin & Voyer, 2011; Voyer & Flight, 2001), qui incluent au moins 6 stimuli différents proches phonologiquement, nos stimuli émotionnels étaient très faciles à distinguer les uns des autres. Le faible nombre de stimuli présentés dans notre expérience a pu rendre cette tâche assez facile. De plus, nous ne pouvons négliger le fait que les intonations émotionnelles que nous avons utilisées étaient portées par des phrases constituées de pseudo-mots. L’articulation de pseudo-mots au sein de nos phrases a conféré à nos stimuli une composante sémantique et a donc pu influencer les performances d’identification des participants.

Une seconde limite à cette étude concerne notre méthode expérimentale qui ne nous a pas permis de distinguer précisément l’effet de l’attention exogène de l’effet de l’attention endogène. En effet, nous avons délibérément choisi d’utiliser des stimuli émotionnels d’une assez longue durée (environ 2 sec) afin de permettre une meilleure imprégnation prosodique et d’être plus à la portée d’une population d’enfants. Cependant, cette durée a favorisé le traitement des stimuli au moyen de l’activation d’une attention endogène. Nos deux indices d’orientation de l’attention (i.e., indices sonores et verbaux) ont ainsi très probablement tous deux évalué les capacités des participants à orienter leur attention de manière endogène pour identifier les stimuli : les indices verbaux ont directement sollicité une attention endogène de par leur nature, alors que l’attention exogène sollicitée en premier lieu par les indices sonores s’est sans doute « évanouie » au profit d’une attention contrôlée. Il est légitime de se demander si la difficulté pour nos participants à orienter leur attention vers l’oreille droite était issue d’une incapacité à inhiber correctement l’information traitée par l’hémisphère compétent (i.e., l’hémisphère droit), comme le suggèrent certains auteurs (e.g., Hugdahl et al., 2009), ou bien d’une difficulté à mettre en avant les informations issues du traitement de l’hémisphère non compétent (i.e., l’hémisphère gauche). Les indices verbaux, permettant une activation immédiate des processus endogènes de l’attention sont plus à même de favoriser l’inhibition de l’information non pertinente perçue dans l’oreille non indicée.

À l’issue de cette étude, nous avons constaté que, face à des stimuli émotionnels, les enfants comme les adultes, sont en mesure d’orienter efficacement leur attention grâce aux deux différents types d’indices (sonores et verbaux) pour identifier correctement les stimuli cibles. Cependant, la présence des indices verbaux d’orientation de l’attention semble avoir davantage favorisé cette orientation et les identifications appropriées consécutives, et ce même chez les plus jeunes enfants de 7-8 ans. Ces résultats, qui contredisent les données de la littérature, peuvent être expliqués par la nature émotionnelle des stimuli présentés. Toutefois, nous remarquons également que, en dehors de la nature émotionnelle des stimuli, le protocole que nous avons proposé dans notre étude 2 intégrait un second élément le distinguant des protocoles en écoute dichotique utilisés jusqu’à présent. Notre protocole comportait en effet un contrôle des délais de latence introduits entre chaque indice d’orientation et les paires dichotiques. Il est donc possible que la seule introduction de ce contrôle pourrait avoir influencé les performances d’orientation de l’attention et d’identification des enfants. Afin de vérifier cette hypothèse, nous avons décidé de proposer à une population d’enfants un protocole expérimental se rapprochant davantage des études de référence dans le domaine de écoute dichotique utilisant l’identification de stimuli verbaux, et en y introduisant ce contrôle des délais de latence.