L’influence des facteurs attentionnels

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Une évolution de l’utilisation du paradigme d’écoute dichotique

En réintégrant les premières intentions de Broadbent (1952), plusieurs auteurs se sont ensuite intéressés aux rôles que pouvaient prendre les facteurs attentionnels dans la situation d’écoute dichotique (Hugdahl & Andersson, 1986 ; Mondor & Bryden, 1991, 1992). Pour certains d’entre eux, les mécanismes attentionnels influenceraient, au même titre que la latéralisation hémisphérique, les phénomènes d’asymétrie des réponses observées. Les recherches d’Hiscock et de Kinsbourne (1977) ont participé à l’extension de ce champ d’études.

Dans le but d’évaluer l’effet de spécialisation hémisphérique du langage chez de jeunes enfants de 3, 4 et 5 ans, Hiscock et Kinsbourne ont proposé aux participants de ne détecter qu’un seul des deux stimuli entendus. Pour ce faire, les auteurs ont choisi d’indiquer l’oreille déterminante à l’aide d’une petite peluche positionnée soit à la droite des enfants, soit à leur gauche, et qui plus est, soit avant la présentation des stimuli, soit après leur présentation. Les résultats de l’ensemble des participants ont alors montré un avantage significatif de l’oreille droite (p < .05), quelle que soit la condition d’indiçage. Les auteurs en ont conclu que les facteurs attentionnels, modélisés ici par les conditions d’indiçage, permettaient de moduler les effets de latéralisation hémisphérique observés jusqu’alors, sans l’introduction d’indices d’orientation de l’attention (Hiscock & Kinsbourne, 1977). Pour Bryden (1978), cependant, les facteurs attentionnels ne seraient pas simplement un outil de modulation de la latéralisation hémisphérique, mais seraient plutôt assimilables à des biais attentionnels limitant le rôle structural du traitement. Selon cet auteur, les participants auraient tendance à avoir une attention aléatoire au cours des essais dichotiques, c’est-à-dire que leur attention serait orientée préférentiellement sur une oreille plutôt qu’une autre avant d’entendre les paires dichotiques. Sans un réel contrôle des facteurs attentionnels au sein du paradigme d’écoute dichotique, il serait donc impossible d’évaluer la véritable influence des facteurs structuraux sur les performances des participants (Bryden, 1978).

À travers cet exemple de « divergence » d’opinions entre Hiscock et Kinsbourne (1977) et Bryden (1978), nous pouvons constater que l’appréhension des facteurs attentionnels en situation d’écoute dichotique n’est pas une chose aisée et ne fait pas consensus entre les chercheurs du domaine. Aussi, depuis quelques décennies, plusieurs modèles d’explication du rôle des facteurs attentionnels en situation d’écoute dichotique ont été proposés ; la suite de cet exposé est consacrée à leur présentation.