Manipulation des processus top-down

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Orientation endogène de l’attention à l’aide des indices verbaux

Comme nous l’avons vu dans le chapitre 2, beaucoup d’auteurs se sont attachés à expliquer le rôle de la focalisation attentionnelle sur l’avantage de l’oreille droite, observée en situation d’identification de stimuli verbaux. Dans sa théorie « attentionnelle », Kinsbourne (1970) associe cet avantage de l’oreille droite à la présence spontanée et automatique (processus bottom-up) d’un biais attentionnel du côté droit de l’espace. En se basant sur les travaux de Hiscok et al. (1999), Hugdahl et al. (2009) suggèrent, eux, que l’orientation volontaire de l’attention grâce à l’activation de processus top-down influence tout autant l’avantage de l’oreille droite.

Le paradigme d’attention forcée (Hugdahl & Andersson, 1986) illustre l’effet de ces processus top-down. En demandant explicitement aux participants de ne porter exclusivement leur attention que sur une seule de leurs deux oreilles pendant plusieurs essais consécutifs, l’attention manipulée dans le paradigme d’« attention forcée » est dite endogène, et réfère entièrement à des processus top-down descendants. Cette situation amène typiquement à l’obtention d’un avantage de l’oreille droite en condition d’orientation NF et FR ainsi que d’un avantage de l’oreille gauche en condition d’attention FL (Hugdahl 1995, 2003). En condition FR, il est demandé à l’individu de rapporter le stimulus qu’il perçoit le plus facilement, car directement traité par l’hémisphère cérébral spécialisé. Ainsi, en regroupant l’effet des biais attentionnels et de la spécialisation hémisphérique, la condition FR provoque un accroissement de l’avantage de l’oreille droite. En condition FL, forcer son attention sur l’oreille gauche demande à l’individu de mettre en place des processus attentionnels top-down assez efficaces pour contrebalancer le traitement automatique, bottom-up, des stimuli verbaux perçus dans l’oreille droite (lié à la spécialisation hémisphérique). L’absence d’un avantage de l’oreille gauche en condition FL est alors perçue comme un indicateur de faible contrôle cognitif. Alors que les individus doivent uniquement identifier le stimulus qui est déjà le plus saillant en condition FR, la condition FL leur demande réellement de résoudre un conflit cognitif se situant entre la tendance naturelle et structurale de traiter le stimulus de l’oreille droite et celle de suivre les consignes attentionnelles.

D’un point de vue neurologique, la recherche en neuro-imagerie fonctionnelle (IRMf) de Thomsen, Rimol, Ersland et Hugdahl (2004) a montré que les conditions FR et FL conduisaient à un plus fort taux d’oxygénation du sang des cortex pré-frontal et cingulaire antérieur que la condition NF chez des adultes. De plus, en comparant les deux conditions d’attention forcée FR et FL, il a été observé une plus forte activation du cortex cingulaire antérieur lors des conditions FL. Ces résultats supposent que la résolution du conflit cognitif induit par la condition FL nécessite une activation encore plus intense des cortex cingulaire antérieur et pré-frontal.