Orientation de l’attention et latéralisation hémisphérique du traitement des stimuli

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Objectifs et hypothèses

Plusieurs chercheurs dans le champ de la perception auditive ont questionné l’évolution des performances d’orientation de l’attention au cours du développement (Andersson & Hugdahl, 1987; Andersson et al., 2008; Hugdahl et al., 2001; Obrzut et al., 1999). Cependant, ces auteurs ont, pour la plupart, appréhendé séparément l’effet des indices verbaux (Andersson & Hugdahl, 1987; Andersson et al., 2008; Hugdahl et al., 2001) et des indices sonores (Mondor & Bryden, 1992; Obrzut et al., 1999). Seuls Obrzut et al. (2006) ont pris en considération les deux types d’indices pour étudier les performances d’enfants de 9 à 13 ans. De manière inattendue, ces auteurs ont montré que les indices verbaux amélioraient davantage les performances d’orientation de l’attention de jeunes enfants « typiques » que les indices sonores. D’autres études (Andersson & Hugdahl, 1987; Andersson et al., 2008; Hugdahl et al., 2001) ont montré, à l’inverse, que les enfants ne pouvaient orienter efficacement leur attention vers l’oreille droite ou vers l’oreille gauche à la suite de la présentation d’indices verbaux qu’à partir de 9 ans. En deçà de cet âge, seuls des indices sonores d’orientation de l’attention permettraient à ces enfants d’orienter leur attention de manière efficiente (Obrzut et al., 1999).

Une des explications de ce dernier pattern de réponse est à chercher dans le développement cognitif. Les études en neuro-imagerie montrent en effet que le cortex pré- frontal d’enfants de moins de 9 ans est encore immature, ce qui implique une plus grande difficulté de mise en œuvre des capacités d’inhibition et de flexibilité cognitive nécessaires à une orientation efficace de l’attention et à une bonne résolution des conflits cognitifs (Kanemura, Aihara, Aoki, Araki, & Nakazawa, 2003; Li et al., 2010). D’après Falkenberg, Specht, et Westerhausen (2011), l’activation des processus top-down, indispensables à la mise en place des processus de flexibilité cognitive, est plus dépendante du cortex pré-frontal que ne l’est celle des processus bottom-up. Le recrutement de ces processus top-down, activés par le cortex pré-frontal, semble donc être au cœur des difficultés des enfants de moins de 9 ans (Hwang, Velanova, & Luna, 2010; Li et al., 2010). Ainsi, les enfants pourraient avoir des difficultés à orienter efficacement leur attention à la suite de la présentation d’indices verbaux en raison de leurs difficultés à activer des processus top-down.

Une seconde explication renvoie à un effet de surcharge intra-hémisphérique. La difficulté des enfants de moins de 9 ans à orienter efficacement leur attention avec des indices verbaux résulterait d’une surcharge de traitement dans l’hémisphère cérébral gauche : le traitement simultané des indices verbaux d’orientation de l’attention ainsi que des stimuli verbaux saturerait l’hémisphère gauche. D’après la théorie de la distance fonctionnelle cérébrale de Kinsbourne et Hicks (1978), le traitement de deux tâches simultanées conduit à un effet grandissant d’interférence entre ces deux tâches dans la mesure où leur traitement s’effectue dans les mêmes centres cérébraux (ici l’hémisphère gauche). Mais, à l’inverse, le traitement simultané de deux tâches peut conduire à un effet facilitateur dans la mesure où ces deux tâches relèvent de centres cérébraux éloignés. Ainsi, relativement à la théorie de Kinsbourne et Hicks (1978), nous avons voulu savoir dans cette étude si l’identification de stimuli spécifiquement traités par l’hémisphère droit permettait aux enfants d’orienter efficacement leur attention grâce à des indices verbaux. Nous avons ainsi choisi de présenter aux enfants des stimuli émotionnels. Ces stimuli, sollicitant à priori l’hémisphère droit, combinés aux indices verbaux, sollicitant à priori l’hémisphère gauche, seraient en mesure d’améliorer les performances d’orientation de l’attention et d’identification (dans l’oreille droite non spécialisée pour le traitement des stimuli émotionnels en particulier) des enfants de moins de 9 ans.

Par conséquent, la présente recherche vise à évaluer la capacité des enfants de moins de 9 ans à orienter efficacement leur attention vers l’oreille indicée grâce à la présentation d’indices verbaux lors de l’identification de stimuli émotionnels. Dans cette optique, nous avons choisi d’évaluer les performances d’enfants dont l’âge se situait aux alentours de 9 ans, l’âge critique d’évolution du contrôle attentionnel. Nous avons distingué trois classes d’âge, des enfants ayant 7-8 ans ne présentant pas encore théoriquement un contrôle attentionnel efficace, des enfants de 9-10 ans représentant le groupe d’enfants dans la période critique de développement du contrôle attentionnel, et enfin des enfants de 11-12 ans ayant à priori un contrôle attentionnel efficace comparable à celui des adultes. En nous appuyant sur la théorie de la distance fonctionnelle cérébrale de Kinsbourne et Hicks (1978), nous émettons l’hypothèse que le traitement simultané des stimuli émotionnels et des indices verbaux favorise les performances d’identification des enfants. Relativement à cette hypothèse, nous nous attendons à ce que les enfants de moins 9 ans obtiennent des performances d’identification significativement supérieures au hasard autant avec des indices sonores qu’avec des indices verbaux. Cependant, grâce à la pré-activation de processus top-down avec des indices verbaux, nous nous attendons à ce que les enfants produisent de performances d’identification supérieures avec des indices verbaux qu’avec des indices sonores, et ce plus particulièrement dans l’oreille droite non spécialisée pour le traitement des stimuli émotionnels.

Dans ce contexte original, où nous évaluons au sein d’une situation dichotique le rôle des indices sonores et verbaux d’orientation de l’attention sur les performances d’identification de stimuli émotionnels de jeunes enfants, nous avons également décidé de contrôler les délais de latence entre la fin de la présentation des indices et le début de la présentation des stimuli (ISIs). Deux ISIs différents ont été contrôlés : un ISI dont la durée favorise la sollicitation d’une attention exogène et un ISI dont la durée favorise l’activation d’une attention endogène. Nous nous attendons à une interaction entre la durée des ISIs et la nature des indices : les performances des enfants seraient meilleures avec les combinaisons ISI court/indice sonore et ISI long/indice verbal.

  1. Matériel et méthode
    1. Participants
    2. Stimuli
    3. Tâche d’écoute dichotique émotionnelle
    4. Critère de réussite
  2. Résultats
    1. Contrôles méthodologiques
    2. Omissions
    3. Performances d’identification
  3. Discussion
    1. Absence d’effet des ISIs
    2. Les enfants âgés de moins de 9 ans parviennent à orienter efficacement leur attention pour identifier des stimuliémotionnels
    3. Effet de l’oreille indicée
    4. Considérations développementales : contrôle graduel de l’attention
    5. Effet des indices verbaux
    6. Processus top-down et efficacité des indices verbaux
  4. Limites des études 1 et 2

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