Rôle de la spécialisation hémisphérique : étude préliminaire auprès d’une population adulte

Introduction

Psychologue enfance › Thèse › Rôle de la spécialisation hémisphérique : étude préliminaire auprès d’une population adulte › Introduction › orientation auditive de l’attention : indices sonores et indices verbaux

  • Orientation auditive de l’attention : indices sonores et indices verbaux

Bien que le paradigme d’attention forcée (Hugdahl & Andersson, 1986) soit un paradigme très utilisé dans le champ de la perception auditive, son efficacité à orienter efficacement l’attention des individus a tout de même soulevé plusieurs questions (Mondor & Bryden, 1991, 1992). En se référant aux études du domaine visuel (Yantis & Jonides, 1990), Mondor et Bryden (1991, 1992) ont remis en cause la capacité des indices verbaux à capturer efficacement l’attention dans le paradigme d’attention forcée. Ces auteurs ont non seulement pointé une possible influence des délais de latence introduits entre le moment de l’orientation de l’attention et le moment de la prise de décision (i.e., la réponse), mais il leur semblait également que la nature même des indices verbaux créait une interférence dans l’observation de l’effet des biais attentionnels sur les performances d’identification. Pour eux, la nature sémantique des indices pré-activerait en amont l’hémisphère gauche (Kimura, 1961) et provoquerait la mise en place de stratégies d’orientation de l’attention. De fait, la solution était, selon Mondor et Bryden (1991, 1992), d’orienter l’attention des participants au moyen d‘indices sonores, sollicitant des processus bottom-up et dont le traitement est beaucoup moins latéralisé. Les résultats ont montré que ces indices sonores permettaient effectivement aux individus d’orienter efficacement leur attention vers l’oreille indicée: pour l’identification de stimuli verbaux, les situations d’orientation vers l’oreille droite ont conduit à un fort avantage de l’oreille droite et les situations d’orientation vers l’oreille gauche à un avantage de l’oreille gauche, avantage qui s’intensifiait pour des délais de latence (SOAs) allant de 150 ms à 450 ms.

Sur la base de ces conclusions, il nous a paru essentiel d’évaluer le rôle que pouvaient avoir ces délais de latence dans l’efficacité d’orientation de l’attention des indices sonores et verbaux. En effet, les études du domaine de la perception visuelle rapportent un effet différentiel des délais de latence selon la nature des indices d’orientation de l’attention (Leclerq & Siéroff, 2012; Müller & Rabbit, 1989; Pearson & Lane, 1990; Wainwright & Bryson, 2002, 2005). Müller et Findlay (1988) avaient noté, par exemple, que des individus orientaient plus efficacement leur attention avec des indices périphériques exogènes qu’avec des indices centraux endogènes lorsque les SOAs introduits étaient de moins de 300 ms. Une telle différence d’efficacité entre indices n’avait pas été retrouvée pour des SOAs plus longs. De plus, d’après nos connaissances, la seule comparaison objective réalisée entre indices sonores et indices verbaux au sein d’une recherche clinique en situation dichotique, chez des adultes, comprenait une méthode expérimentale différente pour chaque indice (Gadea & Espert, 2009). Avec des indices sonores, les essais étaient présentés aléatoirement entre les deux oreilles et l’effet des SOAs était contrôlé alors qu’aucune de ces précautions n’a été prise avec des indices verbaux. Nous avons donc choisi d’introduire deux délais de latence différents au sein de notre protocole expérimental et de contrôler leur effet pour chaque indice.