Le modèle de l’orientation visuospatiale de Posner

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Le modèle de traitement de l’information de Posner est l’un des plus connus dans la littérature (Posner, 1980 ; Posner & Raichle, 1998). Selon ces auteurs, l’attention sélective visuelleaurait trois fonctions principales et indispensables au traitement efficace des informations qui nous entourent : tout d’abord une fonction d’orientation, puis une fonction de détection d’évènements et enfin une fonction de maintien de l’état d’alerte. De plus, selon la conception connexionniste, chacune de ces trois fonctions serait en relation avec trois réseaux anatomiques distincts (voir Figure 2). Comme la première phase de traitement de l’information du modèle de Posner, à savoir l’orientation de l’attention, constitue l’élément central de notre présent travail de recherche, nous avons choisi de présenter uniquement cette étape, et de volontairement passer sous silence les autres étapes de traitement qui ne seront pas abordées dans nos travaux.

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La compréhension de l’attention visuospatiale (Posner, 1980 ; Posner & Cohen, 1984) a beaucoup évolué grâce à Posner et ses collaborateurs qui la définissent comme une orientation visuospatiale. Pour Posner et Raichle (1998), l’attention pourrait être orientée de deux manières différentes: de façon exogène, captée automatiquement par un indice extérieur, ou engendrée de façon endogène par les attentes des participants. Leur célèbre procédure expérimentale, la tâche d’indiçage, ayant été appliquée à des participants sains et cérébro-lésés, a permis de mettre à l’épreuve cette théorie. Cette procédure consiste à induire un état d’attente concernant l’endroit où une cible doit apparaître. En effet, le participant fixe tout d’abord un point central sur un écran et des stimuli (cibles) sont présentés à gauche ou à droite du point de fixation pendant un temps très court (150 ms). Le participant doit alors appuyer le plus rapidement possible sur un bouton dès qu’il perçoit un stimulus, quelle que soit sa localisation sur l’écran. Puis, dans un second temps, à l’aide d’un avertisseur (aussi appelé indice d’orientation de l’attention), le participant est prévenu à l’avance de l’endroit où une cible doit probablement apparaître. Cet avertisseur peut effectivement indiquer le côté où la cible apparaît (indice valide), mais aussi le côté opposé (indice invalide), ou les deux côtés (indice neutre). Cet avertisseur peut par exemple correspondre à l’apparition d’un carré jaune en surbrillance à l’endroit où la cible a le plus de chance d’apparaître (voir Figure 3).

Les principaux résultats montrent que le temps de réaction des individus est fortement influencé par les informations véhiculées par les avertisseurs. L’avertisseur valide produit une facilitation du temps de réponse, alors que l’avertisseur invalide ralentit le temps de réponse. Pour Posner, ces délais de temps de réponse correspondent à une orientation de l’attention. La mise en place de l’attention dépendrait soit d’une source externe (orientation vers un endroit), soit d’une source interne stockée en mémoire. Les chercheurs ont introduit les termes d’attention couverte (covert attention) pour qualifier une attention endogène pour laquelle le déplacement de l’attention est relié à un mouvement oculaire, et une attention ouverte (overt attention) qui est assimilable à une attention exogène pour laquelle aucune saccade oculaire n’est observée. De plus, dans ce modèle, l’orientation de l’attention semble se décomposer en trois fonctions : une fonction de désengagement de l’attention de la position actuelle, une fonction de déplacement de l’attention et enfin une fonction de réengagement de l’attention sur la nouvelle position. Ces étapes expliquent les coûts et bénéfices associés au type d’indiçage. En effet, lors d’un indiçage valide, l’attention est déjà engagée vers le lieu d’apparition de la cible et permet alors l’accélération de sa détection. Dans le cas d’indiçage invalide, ce sont les étapes de désengagement, d’orientation et de réengagement vers la nouvelle cible qui ralentissent la détection.

Relativement à ces mécanismes, Posner considère que le réseau attentionnel postérieur serait responsable de l’orientation de l’attention vers des stimuli pertinents (Posner & Petersen, 1990). Le cortex pariétal serait impliqué dans les processus de désengagement de l’attention d’un endroit donné, le colliculus supérieur agirait au niveau du mouvement de l’attention d’un endroit à l’autre et le pulvinar permettrait l’engagement de l’attention vers le nouvel emplacement.

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Figure 3. Représentation schématique des deux procédures expérimentales de Posner pour étudier l’attention overt et l’attention covert. (Source : Mesulam, Nobre, Kim, Parrish, & Gitelman, 2001)

À partir des résultats de travaux antérieurs (Posner, 1980 ; Posner & Cohen, 1984), certains auteurs (Posner & Petersen, 1990 ; Yantis & Jonides, 1990) se sont interrogés sur l’aspect facilitateur ou inhibiteur des avertisseurs. En effet, la tâche d’indiçage a permis de révéler l’action de deux types distincts de processus attentionnels. Le premier processus attentionnel exogène serait activé par l’apparition des indices et serait spontané, réflexe. L’autre processus serait de nature endogène, mis en jeu volontairement, de manière contrôlée, par le participant choisissant de porter son attention d’un côté ou de l’autre. Or, la sollicitation de ces deux processus attentionnels semble émerger de la manipulation de la nature des avertisseurs. Ainsi, dans leurs travaux, Müller et Rabbitt (1989) montrent qu’un avertisseur périphérique (en surbrillance) et un avertisseur symbolique (une flèche présentée centralement et indiquant le côté d’apparition de la cible) n’ont pas les mêmes effets sur le temps de mise en place de l’orientation de l’attention. Les coûts et bénéfices d’un avertisseur périphérique sont observables entre 50 ms et 170 ms après leur présentation, alors que les coûts et bénéfices d’un avertisseur central sont observables à partir de 300 ms. Il apparait également que l’orientation provoquée par un avertisseur central reste facilement interruptible. Ceci n’est pas le cas de l’orientation provoquée par un avertisseur périphérique qui est difficilement interruptible. Ainsi, l’orientation sollicitée à la suite des avertisseurs périphériques serait assimilable à l’attention exogène, alors que l’orientation sollicitée à la suite des avertisseurs centraux serait, elle, de nature endogène.

Une telle dissociation entre deux processus est également proposée par Schneider et Shiffrin (1977) qui distinguent, eux, les processus automatiques des processus contrôlés. Siéroff (1992) propose d’ailleurs un tableau récapitulatif des différentes caractéristiques mettant en opposition le traitement contrôlé attentionnel et le traitement automatique (voir Tableau 1).

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